mardi, 24 juin 2008
Double-je
Ecriture spontanée

Livide affliction qui me ronge.
Noyée de larmes, je me trouve impuissante face à toi. Tu te joues de mes cris, de mes pleurs, de ma souffrance. Tu te sers de moi comme d'une marionnette. Je deviens violente, cruelle, puis me change en spectre, recroquevillée dans un lac formé par mon propre sang. Et seule, je me mutile, je me déchire, je me tue.
Me laisserez-vous mourir, vous qui tenez à moi ? Ne laissez pas ce fantôme, ce double-je gâcher ma vie.
Aidez-moi.
Qui est-elle cette autre moi-même ? Pourquoi apparaît-elle, sinistre vampire, pour aspirer mon âme, meurtrir mon corps, blesser mes proches ?
Pourquoi cherches-tu à me détruire, saloperie de merde ? Je te hais. Et sans te connaître puisque je n'ai aucun souvenir de toi, je sais que tu ne cherches que le mal.
Sors de ma tête, sors de mon ventre. Laisse-moi vivre.
Je me suis réveillée à l'aube avec les marques de ton passage ; des bleus au corps et à l'âme, le crâne défoncé, et à mes pieds, un marteau. Celui que tu as mis entre mes mains cette nuit. Celui avec lequel tu m'as frappée de ton bras, de mon bras.
Qui es-tu double-je ? Pourquoi laisser toutes ces cicatrices ?
J'ai rouvert les yeux un après-midi de printemps, brûlée vive à la cigarette. J'ai découvert sur mon flanc une plaie ouverte avec du gros sel dessus. J'ai retrouvé des bandelettes de papier à demi consumées, imprégnées de mon sang. J'ai vu sur le sol autour de moi, des touffes de cheveux arrachés. Mes mains ont saigné, mes yeux ont pleuré, mais aucun souvenir de ce que tu m'as fait. Pourquoi me torturer ?
J'ai frappé, j'ai mordu, j'ai brisé, dévasté, humilié. Il n'en reste que les traces. Mon cerveau ne fonctionne plus. Tu as tout effacé en partant. Pourquoi revenir ?
J'ai fracassé mon crâne sur les murs, laissé des traînées de salive sur mes draps, des morceaux d'ongles plantés dans la porte.
J'ai réalisé le mal que j'avais fait et je me suis détestée, coupable des crimes de cette autre moi.
J'ai retiré de mon sexe un cutter affuté, retiré des mes paupières le rimmel qui a coulé, retiré de mes doigts les aiguilles que j'y avais plantées, retiré de mon bras un gros clou rouillé. J'ai arraché la peau de mes mains, la peau de mes jambes, arraché mes cheveux par poignées, arraché le coeur de ceux qui m'aimaient. J'ai déchiré mes draps, jeté des objets à la figure des gens. J'ai giflé, j'ai blessé.
Et ma tête sur le billot, je demande pardon à Dieu. Tous ces crimes, ces folies, ces suicides... Ai-je encore une âme à sauver ?
J'implore ton pardon Seigneur ! A genoux devant ta magnificence, je croupis dans la fange et le désarroi.
Jésus, je t'en supplie, accorde-moi ta miséricorde.
J'ai démoli, j'ai dévasté, j'ai menti, insulté, trahi, trompé. J'ai failli tuer.
Sortez-moi de ce cauchemar interminable. Sortez-la de moi.
Double-je, double-moi, sale pute, parasite infecte, raclure de chiottes, salope, sors de moi et laisse-moi en paix.
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lundi, 14 avril 2008
La bouffe (écriture spontanée)
Comment est-il possible de manger autant ? Je me demande toujours comment on peut ingurgiter pareilles quantités de nourriture sans exploser. Plus les jours passent et plus je me rapproche de mon pire cauchemar : une grosse mégère ventrue, vulgaire avec des manières de truie qui se traîne sans grâce mais avec graisse ; qui se bâfre devant tout le monde sans aucune gêne et qui dégoûte au moindre regard. Non, je ne veux pas ressembler à ça. Et j’ai peur de vomir. La crainte de l’indigestion rend chaque bouchée insupportable. Je ne sais si mon corps acceptera ce que je lui donne. C’est si mauvais, après tout, ce que j’ingurgite. Mais comment cesser d’être comme cela ?
Mes journées se déroulent inlassablement selon le même schéma. Je me lève le matin avec la certitude que j’arriverais à tenir le coup et à ne pas manger trop de cochonneries. Je mange un bon petit déjeuner plein de bonnes choses, bonnes pour moi. Puis dans la matinée, la faim, la vraie faim du ventre et non cette envie, cette pulsion irrépressible, se fait sentir et je craque pour une viennoiserie, du chocolat, des bonbons, des biscuits. C’est lamentable. Je me dis ensuite que ce n’est pas si grave puisqu’on est le matin et que les calories pourront être facilement brûlées dans la journée et que je peux toujours me rattraper en mangeant mieux aux repas suivant. Mais le midi, alors que je me force à n’avaler qu’une salade, ou qu’un yaourt, je finit immanquablement par me jeter sur tout ce que je trouve : charcuterie, sandwich, fromage, chips (mes envies de cette heure-là sont plutôt salées). Puis j’essaye de tenir jusqu’au soir en me disant que je me satisferai alors d’une soupe. Je tente de m’occuper le corps et l’esprit à autre chose mais je n’y arrive pas. La bouffe reste toujours mon obsession. Je ne parviens pas à m’en défaire. Si je reste chez moi, le frigo et les placards me narguent en permanence. Si je sors, ce sont les odeurs, les vitrines, les gens qui grignotent qui me torturent. Dans le métro, les distributeurs de barres chocolatées attirent mon œil. Chez des amis, comment dissimuler cette obsession lorsqu’il y a de la nourriture dans les environs ? Je ressens une telle honte à ne pouvoir m’empêcher de chiper de la bouffe partout où je suis. Manger la bouffe des autres. Quelle horreur. Et je sais très bien que je ne pourrais le leur rendre. Et j’ai honte de manger devant eux. Quand je ressens cette pulsion, peu importe qui me regarde. Peu importe où je suis. Il faut que je sente les aliments se mêler à ma salive dans ma bouche, les muscles de ma mâchoire avoir des crampes à force de mastiquer ; que je sente doucement ma bouchée atteindre ma gorge et goûter pleinement cette sensation de déglutition. Car j’aime cette sensation. Celle que je déteste est celle du ventre plein. Je ne supporte pas d’avoir cette lourdeur sur l’estomac qui me donne mal au cœur, et envie de dormir. Le ventre plein, je me tiens courbée en deux, avachie, ce qui est très inélégant. Le ventre vide, les cigarettes que je fume ont un arôme qui frôle le sublime, et cette brûlure, cette jouissive brûlure qu’est la faim je l’aime tant quand elle anime mon usine intérieure. Comme j’aime qu’elle tourne à vide ! Mon ventre est alors plat, voire creux et lorsque je me tiens assise, je contracte mes abdos sans même en avoir conscience. Lorsque j’ai mangé, au contraire, une bouée informe surgit de par dessus mon pantalon et me rend difforme, écroulée sur mon siège, somnolente. Que j’aime avoir le ventre vide. Que j’aime le jeûne !
Mais je n’arrive pas à me contrôler. Il faut toujours que je m’empiffre sans pouvoir m’en empêcher. Quelle que soit l’heure, quel que soit le lieu, quel que soit le prix de ce qui me nargue… je prends, j’achète, j’ingurgite et je prie pour que mon corps ne le rejette pas. Je prie pour arriver à digérer. Le contraire est ma pire crainte, ma phobie, mon horreur inflexible.
Le soir, pourtant, je me ressaisis et ne mange rien au dîner. Puis c’est dans la soirée, après avoir supporté la vision des autres en train de manger et d’y prendre plaisir et – chose absurde !- prendre plaisir à la sensation de satiété comme un soulagement, que je craque enfin sur la bouffe, une nouvelle fois, sans arriver par force de volonté à m’arrêter. J’engloutis, je déglutis, je sens l’agréable trajet de l’aliment le long de mon œsophage mais une fois dans mon estomac, quelle douleur, quelle honte, quel écoeurement ! Et je me promets, avant de me coucher, que le lendemain sera un jour de jeûne total. Je me promets de ne pas manger. Mais alors que je ne dors toujours pas, je m’autorise tacitement un petit fruit, une tranche de pain, une soupe le lendemain. Et je recommence ainsi inlassablement mes journées où je mange trop. Je déteste la nourriture. Elle me fascine, elle provoque chez moi un désir violent, obsédant presque sexuel et pourtant elle me répugne. L’idée de mon ventre plein de ces si belles et appétissantes choses que l’homme a inventées et que l’on nomme gastronomiques me terrifie. Quant à la seule pensée du chiffre affiché sur la balance le lendemain, n’en parlons même pas.
Et la nuit ? Durant les heures de mon sommeil je rêve de bouffe. Je me vois engloutir sans cesse des tonnes de nourriture et je vois les gens me regarder le faire. A mon réveil le lendemain matin, je reste assise sur mon lit, hagarde, me demandant si c’était réel, si mon estomac est toujours vide ou si ces rêves m’ont effectivement rempli l’estomac…
Et ces jours de jeûne ? Car parfois il m’arrive de pouvoir me dominer et ne rien manger ou presque pendant des jours. C’est ce qui me permet de ne pas arriver au stade obèse. C’est ma rédemption, mon amnistie. Les jours où je ne mange pas comme ils sont doux et calmes ! Aux premières douleurs de la faim que l’on ressent au début, succèdent une douce euphorie. Mon ventre hurle de désespoir et ma tête se vide, légère comme une plume, je me sens partir… Je plane, je vole, je suis en plein trip. Car la faim est une drogue. Une drogue licite qui rend la réalité moins sensible, la parole plus douce. Comme je suis calme quand je meurs de faim, comme je suis légère ! Et ma tête qui tourne, m’arrachant des sourires de satisfaction et de plénitude ! Je suis une junkie de la faim. Accro à la faim. Accro aussi à la sensation de déglutition. Et c’est cette deuxième addiction, si cruelle, si douloureuse, si empreinte de réalité car de sensations physiques violentes (nausées, lourdeur, fatigue, énervement, anxiété, tremblements) que je ne supporte plus et dont je voudrais pouvoir me défaire.
Affliger mon corps de disette est si bon !! Je voudrais pouvoir ressentir mon corps vidé en permanence. Quelle horreur que de se sentir pleine ! Le vide, les nuages, le vent, les ondes lumineuses qui dansent devant mes yeux, le vertige délicieux quand je me lève, ce sont là mes gourmandises. Et comme toute gourmandise est un pêché, il faut payer… Et mon corps meurtri s’affaiblit chaque jour.
Et ce cruel juge ? Ne le connaissez-vous pas ce cruel juge qui toise, scrute, méprise, et dispute de manière cinglante ? Car ce juge n’est personne. Il n’existe pas dans le monde réel. Il n’existe qu’à travers le reflet d’un miroir. Et au 21ème siècle, les miroirs se croisent partout. Partout un reflet vous rappelle que vous avez mangé. Une vitrine, un pare-brise, une flaque d’eau, la porte métallique de l’ascenseur, les capots lustrés des voitures noires… Partout, on vient vous rappeler le pêché commis, la faute, la traîtrise. Car lorsque je bouffe, je me trahis. Je trahis toutes les promesses que je me suis faites. Je trahis mes idéaux.
Et je dépense tant d’argent !! Pour acheter cette nourriture n’importe où, il faut parfois des sommes astronomiques car c’est cher de manger quelque chose de préparé dans un restaurant ou une boulangerie. Et c’est cher ensuite d’acheter les produits allégés, les drainants, les crèmes, qui tenteront en vain de réparer la faute commise. Et les clopes ? Ce merveilleux coupe faim cancérigène et délicieux du ventre creux…. Ils coûtent si cher mes précieux clous de cercueil !
Il me faut me dominer. Manger des fruits, des légumes, des yaourts, des céréales, des aliments sains ! Et ne plus boire ces trucs bourrés d’aspartame et d’acide citrique. Il me faut garder ce bonheur du ventre vide. Il me faut perdre du poids, faire du sport et changer toutes mes habitudes. Mais comment vais-je faire toute seule ? Comment m’y prendre sans aide et sans amour ? Car pour supporter mes angoisses, mes boulimies, mes jeûnes, mes crises, il faut m’aimer. Et je ne sais qui pourrait supporter cela. J’ai besoin de l’amour des autres car je n’en ai pas. Il faut m’aimer pour deux. Moi même, je me supporte plus.
Et il n’est pas possible de rompre avec soi-même. Toujours je dois cohabiter avec cette truie vorace que je déteste. Je ne peux me défaire d’elle. Je ne peux vivre avec elle.
Pour la tuer ? Il faudrait que je me tue aussi… Car il n’est d’autre moyen tant que je suis seule face à ce terrifiant quotidien. J’ai si peur. Peut être aurais-je les cheveux blancs avant l’heure comme ceux qui sont confrontés à leurs plus grandes peurs…. J’y suis confrontée sans cesse. A chaque heure, chaque minute, où que je sois et avec qui que ce soit. Je vis un cauchemar. Je voudrais pouvoir détruire ce personnage grotesque et flasque qui me possède. Mais pour cela, il me faudrait me détruire moi-même… Seule avec moi-même est une image semblable à celle de l’homme qui se verrait enfermé avec le bourreau de sa famille ; celui qui a ruiné sa vie, tué ses parents, violé ses sœurs, écorchés ses enfants, dilapidé son argent, brûlé sa maison et ses souvenirs… Face à une ordure pareille et qui vous fait tant de mal, que feriez-vous ? N’auriez-vous pas envie de le tuer ? Mais pas le tuer vite, non ! Ce serait trop simple ! Le tuer lentement, sournoisement, en s’assurant bien qu’il souffre ; laissant son corps se dessécher à force de larmes, de sang répandu, de sueur, de jeûne. Ne voudriez-vous pas qu’il paie pour ce qu’il vous a fait « œil pour œil, dent pour dent » ? Ne voudriez-vous pas qu’il crève de douleur ?
Et c’est ce que je fais lorsque je me retrouve seule ; c’est à dire avec ce locataire indélogeable de mon cerveau. A ce pire ennemi qu’est moi-même, j’inflige les pires châtiments. Et je sais qu’il jouit en partie de cette souffrance. Cet ennemi est un martyre – tyran ; un sado – maso… Je me détruis. Purement Atroce et Exquis.
Jean-Paul Sartre a écrit « l’enfer c’est les autres ». Mon enfer, c’est moi.
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lundi, 29 octobre 2007
Extrait de mon journal 4 octobre
Dimanche, pour finir, je suis allé au théâtre de Bobigny, avec Johann et d'autres qui font partie de ma classe, pour voir jouer Suzanne, ma prof au cours Florent. Kazanova.
Contemporain, écorché, violent, beau par la composition des tableaux, skyzophrénique, sexuel et drôle. Un bon moment passé entre amis. Mais j'avoue avoir été quelque peu gênée de voir Suzanne nue sur scène... Je me doute qu'il n'est pas commun de voir ses professeurs à poil ! Cependant, même au théâtre où toutes beautés excentriques et excentrées sont permises, voir son prof nu provoque un certain embarras.
21:30 Publié dans Chroniques, nouvelles et merdes infâmes | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
dimanche, 07 octobre 2007
Extrait de mon journal 4 oct 07
Pas envie de raconter les dernières choses qui me sont arrivées. Pas envie de rentrer dans les détails genre : j'ai acheté ceci, je suis allée là... Pas envie d'être de bonne humeur. Juste envie de m'épancher dans l'écriture de ce qui pourrait plus simplement se traduire par d'infâmes borborygmes inarticulés. Quelle fainéantise de ne pas écrire chaque jour ce qui constitue ma bulle, ma vie. Alors même que celle-ci devient plus affirmée, plus tremblante et plus remplie que jamais. Mais je n'éprouve que de l'ennui. Quand je deviens enfin celle que je voulais être, quand je réalise mes souhaits primaires de toujours, enfin ; je n'éprouve qu'un grand vide et rien ne m'emmerderait davantage. Pas envie de parler, pas envie de crier, pas envie de sourire, pas envie d'être sympa, pas envie d'avoir un avis, d'être polie. Je demeure enfermée, comme prisonnière de toilettes publiques glauques, blafards, dégueulasses et nauséabonds. Je ne supporte pas cette envie de gerber qui me pèse à l'estomac. Ma bouteille d'alcool de menthe se vide lentement ; il faut racheter du sucre. Le coca est amer, fadasse ; on dirait une eau de rouille. Mais peut-être est-ce dû au goût de sang que j'ai dans la bouche. Un arrière-goût métallique et chaud. J'ai l'impression d'empester toute entière le métal échauffé et humide. J'aurais beau me couvrir de parfums qu'il n'y paraîtrait rien de plus agréable. Et je sue. Je me vide de mon sel, de mon eau, de mon énergie. Il ne reste de moi qu'une silhouette verdâtre, pâle comme un cadavre aux lèvres peintes, lascif, exhibant ses attraits passés comme pour séduire une dernière fois avant de disparaître en poussière pestilentielle de décomposition.
Voilà...
... je respire la joie de vivre.
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